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Analyse de la volatilité du marché par Jurrien Timmer
Jurrien Timmer, directeur en chef, Macroéconomie mondiale chez Fidelity, s’est livré à un examen approfondi de la dynamique actuelle du marché et des thèmes macroéconomiques qui l’influencent au cours d’une récente discussion.
Voici quelques-uns des points à retenir.
Le chaos des marchés et les stratégies politiques
À titre de point de départ, M. Timmer a dû contextualiser la nature chaotique de la conjoncture des marchés. Après quelques semaines seulement depuis l’arrivée de la nouvelle administration américaine et le début de la nouvelle l’année, les marchés ont déjà été inondés d’un flux rapide et accablant de nouvelles. Selon M. Timmer, cela fait partie d’une stratégie délibérée du président Donald Trump, visant à semer le chaos et à maintenir ses adversaires, et le marché, dans un état d’incertitude constant. Le directeur affirme que cette stratégie s’apparente « à un jeu d’échecs en quatre dimensions », où le flux continu d’information rend difficile de discerner ce qui est réel et ce qui ne l’est pas.
Réactions des marchés et confiance des investisseurs
Malgré le chaos, M. Timmer constate que les marchés sont en mode d’attente. En outre, la mentalité « acheter la rumeur, vendre les nouvelles » semble régner depuis l’élection. Les investisseurs attendaient des nouvelles concrètes pour prendre des décisions éclairées, ce qui a mené à une période de détermination des prix lors de laquelle le marché a tenté de déterminer la valeur véritable des actifs dans un contexte d’incertitude.
M. Timmer a observé que 52 % des actions se négocient au-dessus de leur moyenne mobile sur 50 jours et que 62 % des actions se négocient au-dessus de leur moyenne mobile sur 200 jours. Ainsi, les marchés font face à de grands remous, sans orientation claire. Il a également souligné que l’indice équipondéré a atteint son sommet en novembre et qu’il se négociait de façon latérale depuis lors.
En revanche, les changements politiques et économiques pourraient entraîner une croissance mondiale plus forte. Par exemple, les dernières élections en Allemagne ont été marquées par un déplacement du centre gauche vers le centre droit, ce qui laisse présager une prise de conscience face à la nécessité d’augmenter les dépenses militaires et la croissance en Europe.
Le rôle des services financiers et de la rotation mondiale
En ce qui a trait au leadership sur le marché boursier, M. Timmer souligne que le secteur financier a obtenu de bons rendements, grâce notamment à l’accentuation de la courbe de rendement et aux positions des banques centrales quant aux taux d’intérêt. Il attire également l’attention sur le solide rendement des banques européennes et le potentiel de rotation mondiale, car les marchés non américains, particulièrement en Europe, pourraient surpasser les marchés américains.
M. Timmer a également dirigé l’attention sur le rendement des actions européennes, notant que l’indice MSCI Europe a progressé de 9 % depuis le début de l’année, que les marchés émergents ont progressé de 5 % à 6 % et que l’indice S&P 500 a progressé de 2,2 %. Il a également mentionné que les services financiers ont été un secteur remarquable et ont offert une bonne croissance grâce à des conditions favorables, comme l’accentuation de la courbe de rendement.
Géopolitique et valorisations boursières
M. Timmer explique que l’approche actuelle de l’administration signifie que le maintien du statu quo n’est garanti dans aucun domaine. Qu’il s’agisse d’alliances géopolitiques ou de politiques économiques, des perturbations potentielles pourraient survenir. Étant donné l’incertitude, il est difficile de déterminer à quel point le marché a pris en compte les risques géopolitiques.
M. Timmer soutient que la prime de valorisation américaine est justifiée par la croissance des bénéfices plus élevée et le rendement considérable des bénéfices pour les investisseurs au moyen de dividendes et de rachats. Cependant, il signale que les valorisations de départ élevées constituent un obstacle aux rendements à long terme, ce qui laisse présager que la prochaine décennie aux États-Unis pourrait être moins robuste que la dernière.
M. Timmer a aussi discuté de l’incidence potentielle des tarifs douaniers, soulignant que s’ils conduisent à une guerre commerciale de stagflation, ils pourraient entraîner une croissance moindre et une hausse de l’inflation. Il a également fait remarquer que le dollar américain a plafonné le 17 janvier et qu’il a légèrement diminué depuis, parallèlement au comportement du dollar en 2017.
L’impact d’un changement d’ordre mondial
M. Timmer souligne que le modèle traditionnel, selon lequel les consommateurs américains stimulent la demande mondiale et les autres pays recyclent leurs excédents commerciaux en achetant des bons du Trésor américain, pourrait être bouleversé. Cette perturbation pourrait entraîner de nouvelles formes de relations économiques et d’ententes commerciales.
Selon M. Timmer, l’Europe serait particulièrement concernée. Les pressions politiques et économiques qui pèsent sur l’Europe, c’est-à-dire d’augmenter ses dépenses de défense et de raffermir ses chaînes d’approvisionnement, pourraient entraîner des changements importants. Il souligne également le potentiel d’augmentation de l’offre dans le secteur pétrolier et gazier, ce qui pourrait avoir une incidence sur les marchés mondiaux des marchandises.
M. Timmer a fait référence à l’« Accord de Mar-a-Lago », qui pousserait les nations alliées à payer pour la protection des États-Unis en échangeant leurs bons du Trésor pour des obligations à très long terme. Il souligne que cette administration est disposée à perturber le statu quo, ce qui pourrait entraîner des changements importants dans les relations économiques mondiales.
Conclusion : croissance des bénéfices et rendement du marché
Enfin, M. Timmer fait remarquer que même si la croissance des bénéfices aux États-Unis a été forte, le taux de croissance touche probablement son sommet. Cela contraste avec les marchés internationaux, où la croissance des bénéfices commence à s’améliorer. Cette divergence pourrait favoriser un mouvement qui délaisserait les marchés américains au profit des marchés internationaux.
Pour citer des chiffres précis, M. Timmer a indiqué que les marchés américains se négocient à environ 22 fois les bénéfices, tandis que les actions mondiales excluant les États-Unis se négocient à environ 15 fois les bénéfices. Il a également mentionné que les actions des « sept magnifiques » se négocient à environ 38 à 40 fois leurs bénéfices. M. Timmer a aussi souligné que la croissance des bénéfices pour 2024 était de 11,4 %, mais que les projections pour 2025 sont passées de 13 % à 10 %.
Il s’est également exprimé sur la possibilité que des événements géopolitiques, comme des accords de paix internationaux, puissent rapporter des dividendes et avoir une incidence sur les marchés. Il suggère que ces développements pourraient créer des occasions dans des régions comme l’Europe et les marchés émergents.